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Santé digestive

Plonger dans l'univers du moustique pour mieux le combattre

AFP
31 mars 2017


Photo Fotolia



Zika, dengue, paludisme, fièvre jaune, chikungunya... Toutes ces maladies redoutées ont en commun un petit hôte de quelques millimètres, le moustique, qu'Anna-Bella Failloux scrute sous toutes ses coutures à l'Institut Pasteur, pour mieux le combattre. 

«On essaie de comprendre quel est le point faible du couple moustique/virus», explique la directrice de recherche, tout en avertissant d'emblée: «Il n'y a pas de solution miracle. Même en trempant le monde dans un bac d'insecticide», on n'en viendrait pas à bout.

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A l'occasion de la publication du livre d'Erik Orsenna Géopolitique du moustique, la chercheuse et son équipe ont ouvert les portes de leur univers vrombissant, dans les sous-sols du prestigieux institut.

Dans un local exigu, des rangées de bacs sur des étagères font office de «pouponnière»: on trouve ici, à tous les stades de leur développement, œufs, larves, nymphes et adultes d'Aedes Albopictus (le fameux moustique tigre) et d'Aedes Aegypti - deux espèces responsables de la transmission de nombreuses maladies à l'homme.

L'installation est artisanale, et les «éleveurs» de moustiques doivent faire preuve d'ingéniosité: un aspirateur à main pour capturer les spécimens, des tubes en carton troués et recouverts de tulle pour les transporter, et même une raquette électrique à portée de main, au cas où un petit malin parviendrait à s'échapper.

Mais à l'étape suivante, où on infecte les moustiques avec le virus de la fièvre jaune ou celui du Zika, plus question de bricoler: tout se fait dans un laboratoire sécurisé, de niveau P3, explique Anna-Bella Failloux.

Depuis 20 ans, l'entomologiste (spécialiste des insectes) dissèque estomac, glandes salivaires et ovaires des femelles moustiques (les seules à piquer) pour comprendre comment se comportent les virus qui les infectent. Et pourquoi telle espèce de moustique peut transmettre certains pathogènes et pas d'autres.

Les travaux de son laboratoire ont ainsi permis de confirmer la responsabilité du moustique Aedes Aegypti dans la récente épidémie de Zika au Brésil.

De même, le lien entre Zika et microcéphalie a pu être établi rapidement grâce aux travaux de chercheurs sur l'épidémie survenue deux ans avant en Polynésie, qui avait moins fait parler d'elle, souligne Jean-François Chambon, directeur de la communication et du mécénat de l'Institut.

«On a besoin d'avoir des équipes qui travaillent et qui restent mobilisées, sur des enjeux qui ne paraissent peut-être pas des dangers majeurs en termes de santé publique, mais qui peuvent se révéler avec le temps différents de ce qu'on avait prévu», plaide-t-il.

Modification génétique

«Pour réparer les humains, il faut d'abord comprendre», abonde Erik Orsenna, ambassadeur de l'Institut Pasteur depuis 2016. Sa promenade au pays des moustiques l'a converti en «chevalier de l'entomologie médicale«, la spécialité parfois méprisée qui étudie le rôle des insectes dans la transmission des maladies.

Dans son livre qui paraît lundi aux éditions Fayard, co-écrit avec la médecin Isabelle de Saint Aubin, le romancier a choisi le moustique comme personnage pour illustrer la mondialisation des enjeux de santé, après ses essais sur le coton, l'eau et le papier.

Du delta du Mékong aux villages d'orpailleurs de Guyane, en passant par la forêt Zika en Ouganda, qui donne son nom à la maladie découverte en 1947, il explore tous les terrains de jeu de ce diptère qui fait 750 000 victimes par an, contre 10 pour le requin et 50 000 pour les serpents.

Il liste aussi les stratégies de lutte des chercheurs, à mesure que moustiques, virus et parasites développent de nouvelles résistances aux traitements et aux insecticides.

Parmi les pistes prometteuses: inoculer la bactérie Wolbachia au moustique pour empêcher les virus de s'y répliquer ou lui faire butiner certaines plantes, qui modifieront son microbiote et le rendront moins accueillant pour les pathogènes.

D'autres voies passent par la modification génétique. Si la stérilisation des moustiques mâles semble montrer des limites - les femelles rechignent à s'accoupler avec eux -, les scientifiques travaillent à exacerber le système immunitaire des insectes, pour qu'ils se mettent à combattre les virus.

Les entomologistes et médecins interrogés par l'auteur en Ouganda se méfient de ces techniques: «si un problème se présente, jamais nous ne pourrons revenir en arrière!»

Mais pour Anna-Bella Failloux, «on a besoin de cet outil», il faut «laisser ce genre de techniques se développer et voir ce que ça donne». 

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